Victor Hugo et le rapport à la techno

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En tant qu’enseignant de français, je dois constamment lutter pour essayer de convaincre mes élèves de la nécessité d’explorer les classiques de la littérature, ne serait-ce que pour découvrir la perspective que ces oeuvres donnent d’une société ou d’une époque.

En faisant la lecture de Notre-Dame-de Paris, je suis tombé sur un passage qui m’a confirmé ce que je supposais déjà depuis un moment.  Avant de vous en dire davantage, laissez-moi vous placer en contexte.

Nous sommes en 1482.  Le peuple de Paris converge vers le Palais de Justice pour assister à la représentation d’une pièce de théâtre.  Or, voilà que le spectacle tarde à commencer.  Juchés sur les piliers et les rebords des fenêtres, un groupe d’universitaires turbulents s’amuse à prendre à partie les bourgeois et notables qu’ils aperçoivent dans l’assistance. Au bout d’un moment, après avoir essuyé les insultes de ces voyous, les bourgeois discutent entre eux à propos de l’origine de ces inconduites, de ce qui a pu provoquer une telle absence de sens moral.

          «Je vous le dis, monsieur, c’est la fin du monde.  On n’a jamais vu pareils débordements de l’écolerie.  Ce sont ces maudites inventions du siècle qui perdent tout.  Les artilleries, les serpentines, les bombardes, et surtout l’impression, cette autre peste d’Allemagne.  Plus de manuscrits, plus de livres ! L’impression tue la librairie. C’est la fin du monde qui vient.»

Victor_Hugo_by_Étienne_Carjat_1876_-_fullVictor Hugo a publié cette oeuvre en 1831.  Le fait qu’il mette ces mots dans la bouche d’un personnage ayant vécu près de 350 ans plus tôt témoigne de l’universalité de cette réaction face au progrès technique.  L’inconfort face à ce qui est nouveau pour nous est parfois si important qu’on préfère condamner d’emblée plutôt que de chercher à comprendre.

Je n’ai pas la prétention de savoir pourquoi il en est ainsi, mais j’observe des réactions similaires chez les gens de ma génération.  Beaucoup jugent sévèrement l’avènement du numérique en éducation.  Certains se font même prophètes de malheur et prédisent un avenir sombre à cette génération qui n’aura connu d’autre littérature que le rétroéclairage.

Sans tomber à l’inverse dans un angélisme navrant, il faut savoir nuancer nos propos. Certains diraient que le propre d’une technologie est de résoudre des problèmes pour mieux en créer d’autres.  Ainsi, les technologies en éducation n’échapperaient probablement pas à ce principe.  Que généreront-elles?  Des bénéfices indéniables ? Des contraintes lourdes de conséquences ?  Si tel est le cas, ces dernières se poseront alors comme de nouveaux problèmes à solutionner. Toutefois, il appartiendra à la nouvelle génération, et non à la nôtre, de les résoudre.  Et ils auront beau jeu de le faire le jour où le monde qu’ils ont connu leur semblera bien loin.

 

 

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L’enfant techno: mythe ou réalité?

Bébé

Ce qui est parfois frustrant en tant que parent, c’est d’être souvent confronté à la facilité déconcertante avec laquelle nos enfants jonglent et communiquent avec leurs appareils numériques.  Dans certains cas, cela peut même aller jusqu’à nous renvoyer l’image de notre propre incompétence.  Généralement, on prend la chose avec philosophie en se disant que c’est normal après tout.  Or, ce sentiment d’être dépassé renforce un mythe fort tenace dans notre société: celui voulant que les enfants nés avec la technologie disposent d’une connaissance quasi innée du fonctionnement des outils numériques.

Utilisateur intensif ou utilisateur expert ?

Ce qui est vrai, c’est que les «natifs» du numérique sont des utilisateurs intensifs.  Ce sont leurs habitudes qui ont construit leur compétence, et puisqu’ils évoluent dans un univers où l’utilisation des technologies est fortement sollicitée au quotidien, ils ont développé cette incroyable aisance.  Toutefois, l’erreur à ne pas commettre, c’est de généraliser leurs compétences à tout l’univers technologique.  Votre enfant est peut-être un incollable de Minecraft, de Twitch ou de Snapchat, mais placez-le devant une application qui ne lui est pas familière, il devra d’abord l’expérimenter avant de vous en montrer.

À ce titre, nos jeunes disposent la plupart du temps de sérieux avantages sur les générations précédentes.  Ils disposent de beaucoup de temps et ils n’ont pas peur de se tromper (ou de briser quelque chose).  C’est probablement ce qui explique la rapidité avec laquelle ils s’approprient les nouveautés.

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La distanciation technologique, un phénomène naturel

Si cela peut en consoler quelques-uns, sachez qu’il existe une justice à laquelle seront probablement confrontés nos enfants d’ici quelques années.  Si le temps leur fait un jour défaut, cela enclenchera un processus inéluctable.  Autrement dit, la compétence technologique de cette génération diminuera fatalement au rythme des avancées.

Rien de nouveau dans ce phénomène, car les gens de ma génération pouvaient, à l’âge de 11 ou 12 ans, passer pour de véritables petits génies auprès de nos grands-parents parce qu’ils savaient comment programmer l’enregistrement d’une émission sur VHS. Il va sans dire que ce genre de prouesse n’impressionne plus personne.

Bien entendu, nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait, mais il y a fort à parier que l’aisance de nos enfants à manipuler tablettes et téléphones n’épatera plus beaucoup l’entourage dans une trentaine d’années.

Nos expériences sont complémentaires

Sachant cela, il est important de ne pas perdre de vue que nos enfants ne savent pas tout des technologies et qu’à cet égard, il ne faut être vigilant et ne pas automatiquement leur donner carte blanche.

Mais devant le fossé technologique qui sépare nos générations, il est normal de se sentir parfois incompétent. Or, il existe un antidote souverain à l’ignorance.  Soyez curieux sans être inquisiteur. Posez des questions à vos enfants sur le fonctionnement de leur appareil, sur la fonction des applications qu’ils utilisent, documentez-vous sur internet au besoin.  La curiosité sera votre meilleure alliée pour améliorer votre propre compétence, et pour vous permettre de mieux juger celle de vos enfants.

 

 

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Cinq conseils pour les parents à l’ère numérique

Je suis tombé sur ce sketchnote de Marie-Andrée Ouimet (@maotechno) inspiré de Kasey Bell (@shakeuplearning).  Disons que pour démarrer l’année, ça s’inscrit bien comme résolutions.

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Nous reviendrons en détail prochainement sur chacun des points ciblés dans ce tableau.  D’ici là, ne vous gênez pas pour consulter d’autres ressources du même genre, et passez faire un tour du côté d’Habilo Médias (http://habilomedias.ca).

 

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Un cadeau empoisonné ?

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Vous avez finalement cédé.

L’obstination de votre enfant a tranquillement poncé votre fermeture, et les soldes de Noël ont eu raison de votre inflexibilité.

«Tu pourras me rejoindre n’importe quand, n’importe où.»

«S’il m’arrive quelque chose, je pourrai te contacter.»

«Je suis le seul de ma classe à ne pas en avoir un.»

«D’ailleurs, on a le droit de l’apporter à l’école pour travailler.»

Vous imaginez déjà la joie de votre enfant tout en repassant en boucle la litanie d’arguments derrière lesquels vous vous êtes rangé, mais vous n’arrivez pas à avoir la conscience tranquille.

Et peut-être avez-vous raison?

Car il y a de ces cadeaux qu’on pourrait qualifier d’empoisonnés.  Je ne sais pas si on peut classer les appareils numériques dans cette catégorie, mais il n’y a aucun doute à mon esprit que c’est le genre de présent qu’on ne peut acheter à la légère.

Est-ce donc à dire qu’il faille priver nos enfants de ce type d’appareil, et ce, de façon inconditionnelle ?

Peut-être pas, car si la démarche et bien menée et que les balises sont claires pour tous, il se pourrait qu’il s’agisse là d’une belle occasion d’éducation pour votre enfant.

La nature de l’usage

C’est, avant toute chose, le premier point à déterminer.  Pourquoi votre enfant souhaite-t-il principalement obtenir cet appareil ?  Pour pouvoir jouer à des jeux ? Pour ne plus être différent des autres ?  Pour pouvoir texter ses amis ?  Pour s’en servir à l’école ?  Les raisons qu’on vous donnera vous en diront long sur les motivations de votre enfant.

L’âge et le profil de votre enfant

L’âge est un facteur à considérer lors de l’achat d’un appareil. Toutefois, il est difficile de fixer un âge plancher à partir duquel il serait «acceptable» d’offrir ce type de cadeau.  Considérant que la majorité des comptes liés aux médias sociaux requièrent un âge minimal légal de 13 ans, l’achat d’un appareil permettant l’installation de telles applications demande une certaine vigilance. Toutefois, certaines plateformes (le partage familial d’Apple, entre autres) permettent au parent de contrôler le téléchargement d’applications, ainsi que la mise en place de restrictions.

L’autre enjeu est lié à la notion de responsabilisation.  Vu l’ensemble de ce qui est accessible sur la toile, votre enfant a-t-il la maturité pour visionner toutes sortes de contenus ?  Votre enfant sait-il bien gérer son temps d’utilisation ?  Votre enfant a-t-il le jugement nécessaire pour publier ou partager de façon sécuritaire ?  Si vous avez répondu non à une seule de ces questions, vous ne devriez peut-être pas lui laisser la pleine autonomie de l’appareil.

Un prêt plutôt qu’un cadeau

L’action d’offrir un appareil numérique en cadeau revêt un caractère définitif qui n’est peut-être pas facilitant pour un parent.  En effet, lorsque la gestion parentale dudit appareil s’avère laborieuse, il est difficile de dédonner ou encore de confisquer l’objet du litige.  C’est pourquoi il faut peut-être envisager la chose différemment. Je m’explique.

Partons du principe que vous êtes le propriétaire de votre maison.  Votre enfant y possède une chambre bien à lui.  En théorie, elle est bien à lui, mais en réalité, vous êtes le propriétaire de cette chambre.

Bien que votre enfant bénéficie d’une grande latitude en ce qui a trait à l’occupation et l’aménagement de cette pièce, il ne possède pas un contrôle complet de l’espace.  Il serait donc normal que vous ne tolériez pas que votre enfant y installe des serrures pour restreindre votre accès, qu’il l’endommage volontairement où qu’il y commette des actions répréhensibles.

L’achat d’un appareil numérique devrait être calqué sur le même modèle, de sorte que vous en restez le propriétaire et le gestionnaire tout en autorisant l’accès à votre enfant.

Les conditions d’utilisation

À partir du moment le principe précédent est clairement établi, vous disposez d’une belle occasion pour établir avec votre enfant les conditions d’utilisation.  

Un contrat comme celui-ci (Cliquez ici) est un exemple concret de balises claires qui vous permettent de convenir des moments et endroits appropriés, du nombre d’heures limite d’utilisation, et de la nature des activités qui seront autorisées.

Après l’entente

Même avec un contrat en poche, la partie n’est pas encore gagnée puisqu’il vous faudra vous assurer que les termes de l’entente sont respectés. Cette gestion pourra parfois vous sembler laborieuse, voire pénible, mais vous conviendrez qu’elle sera de beaucoup préférable à un flou artistique entourant l’usage de l’appareil.

L’application de cette convention ne se fera peut-être pas sans heurts, mais elle vous permettra de faire une véritable éducation au numérique, c’est-à-dire, amener votre enfant à une utilisation saine et responsable de ces outils technologiques.

Je m’engagerai, au cours de la prochaine année, à vous accompagner dans la gestion quotidienne de ce cadeau, aussi empoisonné qu’il puisse vous paraitre.

Joyeuses fêtes,

Félix Arguin

 

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