Un cadeau empoisonné ?

Cadeau empoisonné2

Vous avez finalement cédé.

L’obstination de votre enfant a tranquillement poncé votre fermeture, et les soldes de Noël ont eu raison de votre inflexibilité.

«Tu pourras me rejoindre n’importe quand, n’importe où.»

«S’il m’arrive quelque chose, je pourrai te contacter.»

«Je suis le seul de ma classe à ne pas en avoir un.»

«D’ailleurs, on a le droit de l’apporter à l’école pour travailler.»

Vous imaginez déjà la joie de votre enfant tout en repassant en boucle la litanie d’arguments derrière lesquels vous vous êtes rangé, mais vous n’arrivez pas à avoir la conscience tranquille.

Et peut-être avez-vous raison?

Car il y a de ces cadeaux qu’on pourrait qualifier d’empoisonnés.  Je ne sais pas si on peut classer les appareils numériques dans cette catégorie, mais il n’y a aucun doute à mon esprit que c’est le genre de présent qu’on ne peut acheter à la légère.

Est-ce donc à dire qu’il faille priver nos enfants de ce type d’appareil, et ce, de façon inconditionnelle ?

Peut-être pas, car si la démarche et bien menée et que les balises sont claires pour tous, il se pourrait qu’il s’agisse là d’une belle occasion d’éducation pour votre enfant.

La nature de l’usage

C’est, avant toute chose, le premier point à déterminer.  Pourquoi votre enfant souhaite-t-il principalement obtenir cet appareil ?  Pour pouvoir jouer à des jeux ? Pour ne plus être différent des autres ?  Pour pouvoir texter ses amis ?  Pour s’en servir à l’école ?  Les raisons qu’on vous donnera vous en diront long sur les motivations de votre enfant.

L’âge et le profil de votre enfant

L’âge est un facteur à considérer lors de l’achat d’un appareil. Toutefois, il est difficile de fixer un âge plancher à partir duquel il serait «acceptable» d’offrir ce type de cadeau.  Considérant que la majorité des comptes liés aux médias sociaux requièrent un âge minimal légal de 13 ans, l’achat d’un appareil permettant l’installation de telles applications demande une certaine vigilance. Toutefois, certaines plateformes (le partage familial d’Apple, entre autres) permettent au parent de contrôler le téléchargement d’applications, ainsi que la mise en place de restrictions.

L’autre enjeu est lié à la notion de responsabilisation.  Vu l’ensemble de ce qui est accessible sur la toile, votre enfant a-t-il la maturité pour visionner toutes sortes de contenus ?  Votre enfant sait-il bien gérer son temps d’utilisation ?  Votre enfant a-t-il le jugement nécessaire pour publier ou partager de façon sécuritaire ?  Si vous avez répondu non à une seule de ces questions, vous ne devriez peut-être pas lui laisser la pleine autonomie de l’appareil.

Un prêt plutôt qu’un cadeau

L’action d’offrir un appareil numérique en cadeau revêt un caractère définitif qui n’est peut-être pas facilitant pour un parent.  En effet, lorsque la gestion parentale dudit appareil s’avère laborieuse, il est difficile de dédonner ou encore de confisquer l’objet du litige.  C’est pourquoi il faut peut-être envisager la chose différemment. Je m’explique.

Partons du principe que vous êtes le propriétaire de votre maison.  Votre enfant y possède une chambre bien à lui.  En théorie, elle est bien à lui, mais en réalité, vous êtes le propriétaire de cette chambre.

Bien que votre enfant bénéficie d’une grande latitude en ce qui a trait à l’occupation et l’aménagement de cette pièce, il ne possède pas un contrôle complet de l’espace.  Il serait donc normal que vous ne tolériez pas que votre enfant y installe des serrures pour restreindre votre accès, qu’il l’endommage volontairement où qu’il y commette des actions répréhensibles.

L’achat d’un appareil numérique devrait être calqué sur le même modèle, de sorte que vous en restez le propriétaire et le gestionnaire tout en autorisant l’accès à votre enfant.

Les conditions d’utilisation

À partir du moment le principe précédent est clairement établi, vous disposez d’une belle occasion pour établir avec votre enfant les conditions d’utilisation.  

Un contrat comme celui-ci (Cliquez ici) est un exemple concret de balises claires qui vous permettent de convenir des moments et endroits appropriés, du nombre d’heures limite d’utilisation, et de la nature des activités qui seront autorisées.

Après l’entente

Même avec un contrat en poche, la partie n’est pas encore gagnée puisqu’il vous faudra vous assurer que les termes de l’entente sont respectés. Cette gestion pourra parfois vous sembler laborieuse, voire pénible, mais vous conviendrez qu’elle sera de beaucoup préférable à un flou artistique entourant l’usage de l’appareil.

L’application de cette convention ne se fera peut-être pas sans heurts, mais elle vous permettra de faire une véritable éducation au numérique, c’est-à-dire, amener votre enfant à une utilisation saine et responsable de ces outils technologiques.

Je m’engagerai, au cours de la prochaine année, à vous accompagner dans la gestion quotidienne de ce cadeau, aussi empoisonné qu’il puisse vous paraitre.

Joyeuses fêtes,

Félix Arguin

 

Publicités
Par défaut

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s